Paulcher,
Merci encore, j'adore ! Quand tu parles de plagiat, je ne saisis pas bien...Where, où, à propos de quoi ? Genevoix pas Maurice, à moins que ...
Je plagiate les 26 lettres de l'alpharandole à l'omegalipette, mais à part ça...
Merci, en touka, je suis touché et 13 hhonnorré. Tu as l'oeil et la plume... Allez le collectif du 29 mai ! Bouffons leur la rate à ces vipères lubriques du Gouv...
Yann Vénervé de Pen Lan de Trébeurden
« Youcef lui avait appris que seules les consonnes (en arabe) étaient fixes, stables, et que les voyelles – étant mobiles – pouvaient générer –une foule de termes apparentés au mot d’origine. Le radical primitif pouvait donc s’enrichir d’autres sens. »
Hein, quoi, un polar, ce Black Trélouzic ? - en tout cas, cette deuxième époque, au titre poétique : Une étoile est morte (il y en a trois, époques, dans le roman de Yann Venner).
Ma réponse est sans ambages et sans ambiguïté : oui, il s’agit bien aussi d’un polar. Passons sur tous les stigmates du genre ici présents.
Cette petite et somme toute très efficace leçon de grammaire, ne venant qu’en renfort de bien d’autres éléments (les personnages typés, les lieux classiques, les scènes de meurtres, les moments de convivialité où les convives prennent la vie du bon côté … les scènes d’identification, de confrontation, les fausses et les vraies pistes, le jeu avec le lecteur …etc.)
Car Yann Venner n’écrit pas pour l’essentiel SUR … Il écrit DANS.
Dans la langue, par le langage, les langages. Cette truculence comme autant de pénétrations dans la chair des personnages, dans le concret de la ruralité marine, dans la légèreté de la mer, dans le faste de la vie intime, dans la vastidude de l’au-delà de l’horizon d’un local emmuré derrière ses routines.
Il écrit dans la vie : il y a comme du Michel De Certeau là-dedans , avec son éloge du quotidien.
Il écrit. Oui, il écrit, et son ou ses –ce sera comme vous voudrez – roman(s) est -ou sont - un hymne aux infinis paysages de la poésie.
La poésie qui permet à la fois de restituer le quotidien (toujours complexe) et l’universel, toujours en jeu.
Trilogie bretonne où la poétique des trois sous-titres (sic) sont autant de lanceurs d’aventures romanesques :
Roman primeur : Marcel
Roman mémoire : Une étoile est morte
Roman salin : Le baiser de la mer
P.rec…
Nous sommes
Elle est cette jeune femme qui nous installe d’emblée en compagnie de son père. Lecteur de journaux, de tous les journaux possibles, accumulant les coupures, personnage à la fois familier et étranger à ses proches. Du moins à sa fille pour commencer, sa fille qui pourrait bien être aussi l’auteur de ce roman. Et qui, on l’apprendra quelques pages plus loin, l’est effectivement.
Voilà donc deux premières catégories transcendées : celle du narrateur et celle de l’auteur !
Mais, nous ne sommes – là que dans une des couches de la chose littéraire si bien maîtrisée par Gila Lustiger.
Autre transcendance - transgression : celle des types de discours. Bon, on était habitués à la typologie des textes. Où l’on retrouvait peu ou prou les séquences habituelles dans tous bons romans : la narration, la description, le dialogue, le poétique et autre argumentatif. Je sais, on n’y prête (heureusement ?) pas attention. Mais, ça nous acclimate quand même, ça assure, et ça rassure le lecteur. Même dans des ouvrages d’art qui ne sont pas que consentants ! Voir à ce sujet la recherche littéraire de Dominique Viard
http://www.adpf.asso.fr/adpf-publi/folio/roman/12.html
Elle ne craint pas les cassures, les ruptures, si bien suturées d’ailleurs qu’il n’y paraît plus au lecteur qui se laisse aller au gré de la fantaisie –du moins le croit-il- de Gila Lustiger : les 100 premières pages pour former le lecteur de mon roman, dit Umberto Eco. Quelques pages suffisent à Gila Lustiger pour y parvenir. Oui, cela commence ainsi :
« Le premier nœud de mémoire est facile à défaire. Il suffit de le toucher. Le premier nœud est le papier journal. Des journaux d’autrefois, semés de scandales d’autrefois. Les mots d’autrefois ont-ils une idée de ce qui les attend ? »
Super tension en le support (le papier), le contenu (les évènements), le langage (les mots du quotidien).
Et voilà en cinq lignes tramée la matrice de ce roman : nous y sommes !
Nous sommes
Gila Lustiger © Stock 2005
Gila Lustiger va dorénavant nous faire circuler de par la fluidité de son style entre les trois univers :
Nous sommes : un objet littéraire « manu-facturé », par une femme écrivain « possédée par ses personnages
- Possédée , peut-être pas, mais en tout cas, ils me tiennent. Prends Grand-Père par exemple. Tous les jours il se bat contre son corps, contre le vieillissement vis-à-vis duquel il ne peut rien. Tout cela lui coûte »
Et nous sommes, nous, lecteurs par cet art du roman si bien mis en œuvre pour la circonstance particulière de son sujet, nous sommes possédés par un récit qui , bien que n’apparaissant que par bribes, se révèle au fur et à mesure de la lecture savoureuse : «Tout au début , je veux dire quand a commencé l’occupation par les Allemands de la ville natale de mon père en Pologne, les Juifs ont été obligés de s’inscrire sur des listes pour le travail forcé …Mon arrière –grand-père, le chef de la famille, décida alors de se cacher avec toute sa tribu. »
Ainsi commence aussi le roman - Nous sommes à sa page 166.
Par les mots, mais aussi au-delà des mots, il est question du père, de la mère, du grand - père, de la grand - mère, d'une fille qui s'interroge et interroge son rapport au monde, via la mémoire de sa famille, ce monde des morts et des vivants (et ne lui parlez surtout pas de survivants !), ce monde avec l'expérience indélébile de l'holocauste, ce monde avec la fondation de l'Etat d'Israël.
Gila Lustiger : un regard pénétrant, rigoureux, agile, et somme toute profondément humain. Un regard sur ce que nous sommes et sur ce que nous devenons.
Paul Recoursé
Dans l'article Black Trélouzic
Lire " en dépit de la saloperie coloniale"
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